rien ne sera pardonné mais tout sera oublié


Anaïs assassinée


XIX Anaïs

(suite)

( début du chapitre )


J’ai pensé « rien ne sera pardonné mais tout sera oublié. » Avais-je lu cette phrase dans un roman de Milan Kundera ? « Maintenant qu’il s’est vidé d’un poids, il ne pense qu’à une chose : mon silence. » À cet instant, j’ai revu Amina me frappant, en janvier, un coup que j’avais réussi à parer, sa main gauche n’a qu’effleuré mon visage mais il s’en est suivi un combat sur le lit où elle voulait me frapper de la « rendre aussi malheureuse. » Finalement je l’ai poussée, bousculée, elle s’est cognée contre le mur et je la tenais au cou avec comme simples mots « tu arrêtes ! » Plus tard, elle m’avoua avoir eu peur que je l’étrangle. Moi, ce qu’il me restait, c’était la peur qu’elle se soit mortellement blessée quand je l’ai poussée en tentant de la maîtriser. Si je l’avais frappée, j’aurais pu la tuer comme Kader a tué Anaïs. Mais je ne l’ai jamais frappée. Même en colère, mon corps refusait toute violence. Et lui, il a cogné cette gamine qui portait leur enfant. Et il veut un enfant de Nadège ! Il me dégoûte ! Amina me dégoûte. Nous aurions pu vivre une merveilleuse fusion physique et spirituelle, elle a tout gâché en voulant faire de moi un mouton. Comme Bertrand, comme Patrick, comme Olivier. Tous des moutons qui donnent à ces femmes des enfants musulmans comme elles le souhaitent ! Mais oui ! En exigeant que les hommes se convertissent et en incitant les femmes à partir en Occident avec des blancs, une grande et discrète opération de conversions sexuelles se déroule sans que l’on s’en aperçoive...

- C’est terrible, j’ai ajouté, et je suis parti. Nadège n’était pas encore rentrée. Je n’avais pas la force de l’attendre.

Comment avais-je dévié du meurtre d’Anaïs à une conceptualisation d’un choc religieux dans notre pays ? Pour m’échapper ? Par analogie que je ne cherchais pas préciser ?
J’ai marché très lentement en pensant à Amina, ne voyant qu’une issue, la séparation. Sinon, elle me tuera volontairement, ou moi par accident. Notre histoire a trop duré, j’en ai assez. Pouvait-il en être autrement ? Elle a cru que "comme les autres" je me "convertirais." Oh elle n’est plus hyper exigeante sur le degré de conversion, juste le faire, me mettre ainsi en dessous d’elle ! Existe-t-il un soutra sur un semblant de conversion préférable à rien, permettant de faire avancer le schmilblick ? À la prochaine génération le "semblant de conversion" sera assimilé à une vraie conversion, la descendance priée de suivre. Me ranger dans l’ordre du monde où il faut convertir méthodiquement puisque « les guerres de religions » sont bloquées par l’avancée technologique des peuples à vaincre ! Néanmoins ce ne fut pas possible. Un rappel à l’ordre venu du berceau de l’endoctrinement. Il me faudrait "simplement" signer un papier dans lequel je me déclarerais musulman ; ainsi "la famille" pourra nous marier ! Présence non indispensable ! Un papier suffit... et sûrement quelques centaines d’euros pour la fête... en notre honneur...

Si je lui en avais parlé, elle aurait éclaté de rire. M’aurait accusé d’être contaminé par les idées du Front National, depuis qu’à regarder de près la politique des Malvy-Maury-Miquel je ne peux plus voter pour cette gauche. Si je lui réponds qu’à fermer les yeux sur l’essentiel pour se prétendre humaniste, cette gauche fait le jeu de l’extrême-droite, je suis naturellement victime d’un conditionnement anti-musulman... Car c’est pour notre bien qu’ils veulent nous convertir. Et ils acceptent les lois de la République... il faut être majoritaire pour imposer sa conception des choses...
« - Toutes ces vignes au bord des routes, tu ne comprends pas que ça me blesse... il faudrait tout raser...
- Raser les vignes, ce serait ta première mesure si tu entrais au gouvernement ?
- Non, il faudrait en garder un peu, pour le raisin frais.
- Donc tu trouverais normal de nous interdire le vin ?
- Pour l’instant vous nous l’imposez bien, et votre cochon ! Si nous étions majoritaires, ce serait normal que les lois soient adaptées. Tu le comprendras quand tu seras musulman. »
Parfois, après ce genre de conversation, quand elle me sentait choqué, elle ajoutait « tu vois, je peux jouer le rôle de la méchante ! »

Suite : ton mari tes amants tes amis et moi .

Le roman de la révolution numérique, de Stéphane Ternoise.

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