Le roman événement 2013 à lire pour comprendre la révolution numérique


Le sixième roman de Stéphane Ternoise


XIX Anaïs


- Tu vois mec, y’a un truc là, en moi, au fond de la gorge. Et c’est à toi que je vais le sortir. Je t’interdis de l’écrire dans ce bouquin. Après ma mort, parce que je sais bien qu’un jour quelqu’un aura ma peau, là, tu pourras. Le plus tard possible, j’espère ! J’aimerais voir ce que ça fait d’être vieux. Comme toi, déjà, j’ai l’impression que c’est dans un siècle... Mais de mon vivant, top secret, un vrai secret. Si tu n’es pas capable de le garder, lève-toi tout de suite.

J’avais simplement hoché la tête, en signe d’acquiescement. Nadège n’était pas encore rentrée de la boulangerie. Mais il restait de la brioche de la veille.

- Jamais Nadège ne le saura. C’est bizarre la vie, je lui ai promis que je n’aurai jamais plus de secret pour elle et je vais t’avouer ce drame de ma vie, plutôt que de le lui confier, alors qu’elle a joué un tel rôle qu’elle est presque responsable autant que moi. Anaïs portait notre enfant. Je ne voulais pas qu’elle le garde. Je lui avais promis, plus tard, qu’on en ferait un. Quand elle aurait 18 ans. Mais non, elle voulait le garder. On s’est disputé, un peu. Je l’ai frappée, presque rien, juste avec la pomme de la main, ce qui ne laisse aucune trace, presque rien. Elle m’a regardé toute bizarre mais je te jure qu’elle est restée debout, qu’elle n’a pas crié, rien. Elle m’a juste regardé comme si j’étais un monstre. J’ai cru qu’elle était en colère alors je suis parti. Je savais que ses colères s’éteignaient rapidement. Sa mère est rentrée deux heures plus tard, elle l’a trouvée, là, tombée à côté du canapé, morte.

« En quoi Nadège est responsable de ton assassinat ? » J’ai eu envie de lui hurler. Mais rien, absolument rien ne sortait, la gorge nouée. J’en étais paralysé, abasourdi, figé, désespéré. Il me regardait. « Je devrais avoir la force de me lever pour te tabasser, connard ». Mais non. J’ai compris que je ne le ferais pas, sans même penser qu’il était sûrement en mesure d’éviter le moindre des coups que j’essaierais de lui porter. Au moins cinq minutes se sont écoulées dans un silence total.
- Tu ne dis rien ?
- C’est terrible, ai-je marmonné.
- Ouais, terrible. Mais je me sens mieux d’en avoir parlé. C’est un secret mec, un secret entre vrais mecs. Tu le gardes au fond de toi tant que je suis en vie. On n’en reparle jamais. Sauf si un jour j’ai besoin d’en reparler. Après, de toute manière, ça n’aura plus d’importance.


Suite : rien ne sera pardonné mais tout sera oublié .


Le roman de la révolution numérique, de Stéphane Ternoise.

réagissez

Liens pour acheter Le roman de la révolution numérique.



Le contact

Accueil ebooks hebdo